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Visages
Guide notamment pour Visages depuis de nombreuses années, Daniel Pétraud rentre après deux mois d'expé... sur les pentes de l'Everest, "déesse mère" du monde. Dans son remarquable carnet de voyage, il nous fait partager cette expérience peu commune, d'une plume légère, emplie tour à tour d'humour ou de poésie. A déguster sans modération!
L’ascension d’une telle montagne est un acte profondément irrationnel. C’est le triomphe du désir sur la raison.
Quiconque l’envisage sérieusement se place, presque par définition au-delà du raisonnement.
Jon Krakauer
Une ligne rouge, pourrait on dire, est tracée autour de la partie supérieure de ces hautes montagnes. Personne ne devrait la dépasser. Au-delà de 7500m, la pression atmosphérique trop basse a un effet si sévère sur l’organisme qu’un obstacle peut rendre l’escalade impossible et que la moindre tempête peut avoir des conséquences mortelles. Seules des conditions météorologiques parfaites offrent une chance de succès.
Eric Shipton
Certaines expéditions commerciales frisent aujourd'hui le ridicule. Des clients montent équipés d'un appareil photo, d'une gourde et de leur crème solaire dans un endroit où ne pas disposer de son propre matériel peut vous condamner à mort. Souvent, leurs sacs sont acheminés jusqu'au camp le plus élevé, et on leur y installe les tentes. Un beau jour, les clients n'auront plus que leur masque à oxygène sur le visage et on leur portera aussi leur bouteille d'oxygène mais ils continueront à se vanter d'avoir vaincu l'Everest, à écrire des livres et à en tirer des bénéfices.
Elle nécessite beaucoup de patience et d'amour. Disposer d'argent ne devrait pas être une raison suffisante pour tenter l'ascension.
Jamling Norgay (fils de Tenzing Norgay) ( Extrait d'un article du Monde : L'Everest n'est pas un terrain de jeu )
Le couillon et la jeune fille de bonne famille à l'Everest…
Tout cela c'est la faute à Bruno et c'est par lui que tout a commencé.
Un beau jour le voilà qui me parle d'une cliente qui veut gravir l'Everest et qui cherche un guide.
- Ca te tente toujours ?
Surprise et incrédulité pour celui qui avait oublié cet ancien projet récurant
- Oui, je vais réfléchir un peu...
C'est vrai que ça fait longtemps que j'y pense avec des hauts et des bas, les doutes qui s'attachent forcement à cet énorme défi. Pour avoir déjà foulé ses pentes je sais quelle attirance irrationnelle cette montagne exerce.
Toute haute montagne m'attire en cela qu'elle nous met face à nous même et à nos ressources physiques et mentales de petit microbe bipède, le tout au cœur de forces naturelles puissantes que rien ne vient altérer.
Un montagnard peut-il rater l'occasion d'une expérience comme celle-ci : variante du comble du garagiste, escalader une DS (Chomolongma, déesse mère du monde) pour s'en faire une ID ? Seules les générations antérieures à 1960 comprendront...
Puis, décision prise, tout s'est précipité : visite de Marc Lubin guide ex-Terdav organisateur français, rencontre d'Aschok organisateur népalais lors de mon voyage d'automne au Népal et WE de préparation raquettes avec Anne Garance, la postulante, qui me décrit la genèse du projet et entre autre les incroyables difficultés pour trouver un guide.
D'où réflexion de Micheline : "ils ont trouvé un couillon"... Le couillon c'est moi.
Très consentant il faut bien dire... Pouvais t’on on refuser une telle proposition ? Occasion si rare de tenter l'ascension du géant ?
Ont suivi quelques mois de préparatifs intensifs pendant lesquels Marc Lubin s'est démené comme un diable. Le projet est financé par l'entreprise d'Anne Garance, Marc coordonne tous les acteurs côte France et Aschok prend en charge l'organisation népalaise. Anne Garance et moi entretenons notre condition physique, pour moi ski de randonnée pour le foncier et course à pied dans les périodes sans travail.
Cinq personnes vont nous accompagner pendant le trek d'acclimatation : un accompagnateur faisant partie de l'association de Marc et 4 clients. Et voilà tout est prêt, c'est le grand jour du départ.
Jusqu'à la dernière minute nous risquons l'annulation pour cause de flamme olympique. Ces impérialistes chinois ont l'idée bizarre de monter la flamme olympique sur le toit du monde etc.....
Sur le quai de la gare de Lausanne, les adieux de Micheline à travers la vitre du TGU et quelques larmes. Dur de voir partir l'homme qu'on aime pour 64 jours et une dangereuse destination : cette montagne qu’elle redoute.
Adam part Everest (Eve reste) jeu de mots trouvé sur Internet détend un peu l'atmosphère même si il fait rire jaune.
Paris - Doha
Au rendez-vous à Roissy Aérogare 1 face à la porte1 où se trouve le comptoir d'enregistrement de Quatar Airways, je trouve un comité d'accueil fourni. La famille et les amis d'Anne Garance sont venus soutenir son départ : effusions, films, photos, l'ambiance est conviviale.
Reste la sempiternelle question du poids. J'utilise la méthode qui a fait ses preuves : se présenter au chef d'escale et demander l'enregistrement en groupe pour une moyenne des poids. Et ça marche la plupart des trekkeurs étant à 15kg et nous avons droit tous les deux à 30 kg. Par contre ma guitare est refusée en bagage à main pour la première fois.
Doha - Katmandou
Aschok nous attend à l'aéroport et nous conduit en minibus à l'hôtel Shanker vieil hôtel de style colonial un peu moins confortable que le Yak and Yeti mais au personnel très agréable.
Une banderole de bienvenue nous y attend : Bienvenue à Anne Garance et Daniel Petraud Expe Everest 2008
Je conduis ensuite le groupe dîner au restaurant tibétain le Decheling qui rencontre comme toujours un franc succès.
Katmandou préparatifs
Tout le monde part en visite de ville pendant que je vérifie avec Aschok tous les détails du programme. Ceci fait je retourne dans la grande surface où j'avais fait les repérages à l'automne pour l'achat de complément de vivres d'altitude. Tout y est excepté purée instantanée et couscous. Ils essayeront d'en trouver et de nous le faire parvenir au CB.
Puis à 16h30 comme prévu la visite de la vieille dame.
Le téléphone sonne dans ma chambre
-Allo
- Miss Hawley downstairs !
Toujours fidèle au poste voici l'incontournable miss Hawley, mémoire vivante de l'Himalaya qui note, enregistre et publie tout ce qui concerne les expéditions. Je ne la pensais pas encore en vie l'ayant rencontrée pour la dernière fois en 94 déjà très âgée, la voilà qui apparaît la peau parcheminée, 90, 100 ans ? Difficile à dire.
Suivent les questions rituelles nom de l'expédition identité, nationalité des participants etc.
J'essaie d'avoir des chiffres sur l'Everest : il y a 16 permis avec 12 grimpeurs par permis soit 192 grimpeurs. Il y a un japonais de 74 ans et un népalais de 77 ans ! (Le record est 71 ans pour l'instant) 171 femmes l'ont réussi pour l'instant dont 3 françaises. Impossible d'obtenir d'autres chiffres pour le moment les réponses à mes questions c’est de me renvoyer à son DVD Himalayan Data base tout en Anglais avec ses mises à jour téléchargeables gratuitement que je possède mais dont j'ai abandonné la consultation.
Et puis la vieille dame est très fatiguée et la voilà repartie à petit pas accompagnée de son "boy" népalais.
Katmandou Lukla Pakding (2600m)
Partager le destin des abeilles
Le ciel est parfaitement pur ce matin ce qui permet de respecter l'horaire, une fois n'est pas coutume. La sonnerie du téléphone nous réveille à 5h d'un trop bref sommeil. Ensuite c'est le folklore habituel de l'embarquement sur Lukla. L'aéroport se transforme en une sorte de vente à la criée où les bagages volent de mains en mains pour atterrir sur une balance au cadran géant, déchargée quand l'aiguille atteint son maximum.
Vol agréable avec peu de nébulosité donc peu de secousses, vue sur le Rolwaling et le Gaurichankar.
L'atterrissage à Lukla sur le minuscule terrain en pente est toujours un grand moment où chacun souhaite que le freinage soit bien maîtrisé par le pilote.
A l'atterrissage Notre Sirdar Ang Tsering nous attend il sera aussi un des deux sherpas d'altitude, il est déjà monté deux fois au sommet.
Pour l'instant le temps semble meilleur qu'en automne, nous n'avons pas encore sorti les parapluies. Pourvu que ça dure !
A Pakding nouvel essai d'envoi de mail avec l'ordinateur portable connecté au téléphone satellite (Thuraya), nouvel essai infructueux. Les techniciens que j'ai joints plusieurs fois au téléphone et par mail n'ont pas assuré un service après vente sérieux ça doit pourtant être assez simple, quand on connaît, de transmettre une explication claire.
Les difficultés à m'endormir le soir (décalage horaire oblige) me font me plonger dans la lecture de l'excellent "élégance du hérisson" et le non moins excellent chapitre intitulé : "Qui croit pouvoir faire du miel sans partager le destin des abeilles " avec entre autres perles cette phrase : " Trouver la tâche pour laquelle nous sommes nés et l'accomplir du mieux que nous pouvons, de toutes nos forces, sans chercher midi à quatorze heures et sans croire qu'il y a du divin dans notre nature animale. C'est comme ça seulement que nous aurons le sentiment d'être en train de faire quelque chose de constructif au moment où la mort nous prendra."
Voilà, là dessus on peut tranquillement aller se coucher...
M : 250m
D : 450m
Tps lunch compris : 5h10
Pakding 2600m Namche 3450m
En remontant la rivière de lait
676mb
Comme d'habitude au Népal le thé est servi à la tente à 6h et nous commençons à marcher à 8h. Le temps superbement dégagé nous réserve de jolies vues sur le Kusum Kanguru et sur la rivière Dudh Koshi, rivière de lait, qui n'a pas sa couleur laiteuse de l'automne mais roule une eau limpide au fond de la vallée. Le sentier fortement encombré nous impose une gymnastique d'esquive permanente entre les cornes acérées des dzos, les ballots des porteurs et les touristes. Après un lunch à Monjo sur une agréable terrasse ensoleillée nous avalons la montée raide de Namche qui comporte en deux endroits une belle vue sur Lhotse et Everest.
M : 665m
D : 60m
Tps lunch compris : 7h42
Pls : 61-109-148
Namche balade d'acclimatation
Hôtel avec vue et tirs a vue…
Au reveil :
T° sous la tente +3°
Pression : 676mb
La nuit fut rythmée par les habituels concerts de chiens de Namche.
"Bed tea" à 6h30, nous gagnons 1/2h car il n'est pas nécessaire de démonter le camp aujourd'hui. Visite du musée d'où nous avons déjà la vue sur Thamserku, Ama Dablam, Lhotse,
et Everest.
Une montée raide permet de rejoindre le terrain d'atterrissage de Syangboche, puis une marche à flanc l'hôtel "Everest vue" ou nous dégustons un jus de fruits en terrasse face au panorama le plus haut du monde. Au retour nous passons par Kumjung ce qui nous offre des points de vue différents et les plus longs "murs à mani" qu'il m'ait été donné de voir.
Après-midi consacré aux emplettes et aux courriers électroniques. Rencontre de François et Martine Marsigny qui ont changé d'objectif, Everest versant Tibet pour le Makalu et me font, rapportant la conversation qu'ils ont eu avec Sonam, la veille un tableau apocalyptique de la situation : les militaires au camp de base et au C2 empêchent la montée au dessus jusqu’au 12/04 et tirent à vue sur les alpinistes récalcitrants...Impressionnant ! On se fera notre idée sur place.
M/D :600m
Tps : 5h
Pls : 76/111/145
Namche Thame (3800 m)
Ils ont voté et puis après ...
Pouls réveil : 58
Aujourd'hui grand jour pour le Népal les premières élections pour s'orienter vers la démocratie. Se présentent non moins que 55 partis dotés chacun d'un symbole : soleil, charrue, arbre, lune, ballon, parapluie, faucille et marteau etc. etc. Les 5 premiers partis sont appelés à créer une assemblée constituante qui doit élire un gouvernement. Savoir si les Maoïstes accepteront la règle du jeu démocratique ?
Des bureaux de vote sont installés dans les écoles pour voter il faut mettre un coup de tampon en face du parti de son choix.
Lunch à Thame et toilette dans le torrent vite avant que le soleil disparaisse pour laisser place à un froid brouillard.
M : 645m
D : 279m
Tps : 4h50
Puls : 51/106/148
Thame(3800m) Sumdur Ri(4700m) Thame
Bed tea 7h, grasse matinée !
Une très belle marche d'acclimatation au dessus du monastère remplace avantageusement la balade prévue au fond de la vallée jusqu’à Tengpo.
Les habitants de Thame ont tracé un sentier, déplacé des pierres pour monter jusqu’àu Sumdur Ri prolongement de l'arête qui monte de Thame et qui sépare les deux vallées.
Tea time en compagnie de Martine et François Marsigny qui s'acclimatent pour le Makalu. Nous échangeons nos expériences et devisons sur les joies et les peines du métier de guide.
M/D : 950m
Tps : 5h14
45/110/155
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Thame(3800m) Marulung(4140m)
Chauffe Daniel !
A 3800m T°sous la tente encore positive : +2°. Pression : 644mb
Courte étape de la 1/2 journée. Aujourd’hui sur la rive droite du Nangpo Tsangpo le torrent qui sort du glacier du Nangpa le passage historique entre Tibet et Kumbu. Lunch et camp à Marulung village d'alpage à 4140 m
Après le dîner pris à 18h guitare et chansons autour du poêle chauffé à la bouse de yack réchauffent l'atmosphère du modeste lodge. Séance commencée en doudoune terminée en T shirt !
Anne Garance à fait le conservatoire latin grec danse etc... La parfaite éducation de jeune fille de bonne famille ce qui m'inspire un nouveau sous titre : le couillon et la jeune fille de bonne famille à l’Everest.
M : 416m-270m/h
D : 93m-320m/h
Tps : 3h30
Pls : 66/102/135
Marulung(4140m) Ranjo Lake (4850m)
La T° sous la tente au réveil devient négative à cette altitude : -2°
On traverse le torrent juste après les premières maisons de Marulung. Suit une marche à flanc jusqu’à Lungare on l'on prend le thé puis une petite remontée raide et une traversée mènent au lac.
Etape de la demi-journée sur un bon sentier. Attention cependant au vent glacial qui remonte la vallée. Prévoir un bon coupe vent pour éviter le refroidissement. Lunch et camp au lac.
Pression : 618mb
M : 700m
Tps : 4h
Pls : 37/101/145
Ranjo Lake (4850m) Ranjo Pass (5350m) Gokyo (4750m)
Ce matin à 4850m
Pression 559mb ! (Hier à 4140m : 618mb)
T° à la montre en haut de la tente : -6° au petit thermomètre plastique : -10° à étalonner en plaçant au même endroit.
Il est décidé que nous ferons le lunch à Gokyo, et que nous ne déjeunerons pas plus tôt que d'habitude (bed tea 6h) en fait un bed tea à 5h30 serait idéal pour cette étape pour avoir quelque chance de voir l'Everest avant qu'il se couvre.
Il faut dire que c'est très beau et le temps est dégagé avant la première arrivée de petits nuages à partir de 10h. Ils grossissent et accrochent les montagnes s'accompagnent d'un vent glacial qui vous transperce. Ce scénario se reproduit à l'identique chaque jour.
La montée est progressive sur un bon sentier, le rythme se ralentit, quelques uns sentent les effets de l'altitude. On se dirige vers une paroi en laissant sur notre gauche un beau lac à l'eau cristalline toute en nuances de verts. Le sentier utilise les faiblesses de la paroi en suivant un système de vires aménagées en marches par les locaux, un escalier en pleine montagne, une occasion supplémentaire de constater la culture séculaire du sentier et du travail de la pierre qui habite ce peuple.
La descente est un peu plus longue que l'horaire népalais proposé par Ang Tsering simplement du double 4.h au lieu de 2 sur un sentier assez malcommode pour qui n'a pas un super pied montagnard. Chacun apprécie de se retrouver au Lodge face au Lac devant son assiette et Anne Garance a cette remarque non dénuée d'humour involontaire :"j'en ai un peu marre du thé!" quand on sait qu'il nous reste 50 jours a en boire !...
M : 527m 270m/h
D : 676m 380m/h
Tps : 5h30
Pls :55/107/143
Gokyo (4750m) Gokyo Ri (5350m)
T° sous la toile -6°c
Pression : 571mb
Dormi comme un bébé, signe d'une bonne acclimatation, avec les interruptions pipi habituelles (merci la gourde pipi qui évite le réveil complet, je vous conseille le modèle américain plastique à large goulot). Conseil d'oncle Daniel pour une bonne acclimatation : boire et pisser 24 heures sur 24 où comme dirait de Coubertin : "l'important c'est de partir pisser». Et mon slogan : "avec la gourde pipi tu restes au lit"
5 à 6 litres sont conseillés par 24 h la gourde dans la tente permet de ne pas se restreindre de boire le soir. Etonnamment il n'est pas fait mention de ce sujet par trop trivial dans notre littérature alpine (de yeti) mais je n'ai pas tout lu loin s'en faut.
Aujourd’hui Jean Pierre notre accompagnateur qui ne parviens pas à récupérer nous quitte il va passer par le bas avec un porteur et nous rejoindre pour le Kalapatar. Nous avons décidé de conserver le programme original pour le groupe, un aller retour au CB de l'Everest pour nous accompagner le rendrait trop copieux. A ce propos ce programme est pour l'instant idéal au point de vue de l'acclimatation avec une montée très progressive en altitude et beaucoup d'étapes de la 1/2 journée à partir de 3500m.
Bed tea à 6h départ 7h45 comme pour le col précèdent il serai souhaitable de partir une heure plus tôt pour être à 10h au sommet a l'heure où les nuages et le vent commencent à apparaître.
Je donne le rythme très régulier 200/300m/h ce qui nous permet d'atteindre le sommet en 2h35. Cette balade est toujours aussi belle.
M / D : 596m - 280m/h - 650m/h
Tps : 3h45
Pls : 70/111/145
Gokyo (4750m) Dragnag (4690m)
Pls de réveil 59
Très courte étape aujourd'hui, de Gokyo on longe le 2eme lac et on remonte la moraine pour traverser le spectaculaire glacier de Ngozumpa qui descend du Cho Oyu et charrie des tonnes de pierres, de glace, de sable de lacs gelés. Très jolie vue sur le Cho Oyu tout le long du parcours.
Le camp de base approche, j'en parle avec Ang Tsering et nous prévoyons 800 personnes + militaires népalais et chinois ! Il va y avoir de l'ambiance.
M :118m -270m/h
D : 189-240m/h
Tps : 2h30
Pls : 78-108-140 sous 125 2h17
Dragnag (4690m) Cho La (5350m) Dzongla (4843)
T° :-2°
Pression : 577mb
Gros orage hier soir, petite chute de neige, mais grand beau ce matin.
La montée jusqu’au camp au pied du col prend 2h30 dans une petite couche de neige fraîche de l'orage d'hier soir ce qui habille avantageusement ce paysage caillouteux. Je mène une cadence de sénateur devant Manuel qui doit se dépasser pour cette longue étape.
A la descente, le passage délicat au bout et a droite de la langue glaciaire passe un peu plus haut que d'habitude et ne nécessite pas l'emploi de la corde. Et les chaussures de "trek" sont suffisantes en conditions normales
Lunch (pack lunch) juste après ce passage.
M : 878m-270m/h
D : 695m-330m/h
Tps : 8h
Pls :68/109/150
Dzongla(4850m) Gorashep(5130m)
A 4850m T° ss la tente : -6°C quelques marcheurs de mon groupe ont trouvé la parade ils demandent des couvertures aux lodges parfois prêtées parfois louées 150 roupies 1,5€. Business is business ! Quand à moi je m'éclaire et me chauffe à la bougie soir et matin.
Belle étape avec des points de vue exceptionnels, lunch à Lobuche devenu boueux et sale, dans un lodge assez "ruée vers l'or" la taule ondulée y règne en maître et les lodges ont poussé comme des champignons comme un peu partout dans cette zone de "l'Everest business".
Dans l'après midi Anne Garance à ressenti une douleur au genou gauche, espérons sans gravité.
La tente mess n'aura été utilisée qu'une fois dans ce trek où nous dînons systématiquement en lodge même si nous continuons à dormir sous la tente. Cela crée une ambiance chaleureuse, autour du poêle a bouse, émaillée de rencontres cosmopolites. Les locaux y côtoient les européens, des vitrines y affichent toute sorte de produits en vente tandis que l'on s'active en cuisine pour servir des montagnes de riz aux porteurs affamés.
C'est le dernier dîner préparé par notre Cook et il a sorti le grand jeu. Amuse gueule de toutes sortes précèdent un repas copieux couronné par un superbe gâteau à la crème !
Pression : 566mb
M :600m-200m/h
D : 250m-290m/h
Tps :7h lunch compris
Pls : 52/100/138 6h30inf125 : l'acclimatation commence à se faire sentir
Gorashep(5100) Kalapatar(5550m) Gorashep
La butte en terre la plus fréquentée …
T° sous la tente : -8°C
Pression : 543mb
Tous les matins 1/2h avant qu'ils n'apportent le thé je me rends en cuisine pour mon café au lait. Ce sont de froides cabanes en pierres au sol de terre battue ouvertes à tous les vents, l'air est froid mais le climat est chaleureux.
Ils sont tous là serres les uns contre les autres recherchant la chaleur pour ceux qui dorment encore, les autres s'affairent au milieu d'un désordre incroyable où chaque chose est à sa place.
Montée progressive au Kalapatar d'où l'on a une vue sur le véritable village de tentes qu'est le CB : 500 à 1000 Malheureusement au matin les mauvaises nouvelles viennent brouiller notre joie, on nous annonce 2000 personnes selon les estimations et sur la non moins impressionnante cascade de glace où l'on voit aux jumelles des cordées évoluer dans un labyrinthe inimaginable.
Pression atmosphérique au sommet du kalapatar a 5550m : 513mb, 500 de moins qu'au niveau de la mer !
M / D : 400m
Tps : 4h
Pls :65/111/144
Gorashep (5100m) CB(5300m)
On se retrouve... seuls.
Première nuit en lodge, les tentes ont été portées au CB, T° plus clémente : +8°
Pouls de repos : 56
Aujourd'hui nous quittons les trekkeurs qui redescendent en 3 jours à Lukla, et nous allons nous installer au CB.
Au lodge c'est les préparatifs, un dernier souffle de chaleur humaine autour du poêle avec mes amis sherpas et kitchen boys que je ne vais plus revoir, toujours là pour vous renvoyer une image positive et une amitié sincère sans se connaître vraiment.
Ce trekking d'acclimatation est proche de la perfection pour ce qui est de la progression en altitude pour une personne qui s'acclimate facilement (cf. graphique à réaliser avec Excel)
A l'aube de se frotter à la plus haute des montagnes tout est en ordre... Excepté cependant les télécommunications : après avoir buté sur des échecs successifs pour envoyer des courriels avec mon téléphone satellite, je me trouve privé de toute possibilité de communiquer avec ma carte SIM Orange après avoir rechargé la carte SIM Thuraya acheté par l'organisation de l'Expédition. Conclusion, je vais payer mon forfait pro Orange (46€) pendant 2 mois sans pouvoir l'utiliser, être empêché de communiquer avec famille et amis pendant 2 mois et ne plus avoir les messages de ceux qui essayent de me joindre en France, tout ça pour avoir gracieusement prêté mon téléphone... Il y a de quoi être un peu fâché non ?
Passons, tout finit par arriver et l'heure des adieux aussi, dans la cour du lodge étreintes accolades, larmes, chacun poursuit sa route et un grand vide se crée.
Trek fini, direction le camp de base de l'Everest. Pascal m'a gentiment laissé deux romans sud américains qui ont l'air très bons c'est une future réserve de plaisir et je me trouve avec une belle pile de bouquins dans ma nouvelle maison la tente du camp de base.
En route vers le camp de base, petite balade de 2h à travers les montagnes de cailloux. Arrivés là le spectacle est saisissant, nous trouvons un véritable village de toiles avec ses chemins, ses murs en pierre, ses shortens et ses drapeaux à prière. Nous sommes tout au bout du camp près du départ de la cascade de glace et pour donner une idée des dimensions du camp il nous faut 15 mn pour le traverser.
Et nous voilà en tête à tête avec Anne Garance ça fait bizarre…
Il faut dire que l'on est de vrais coqs en pâte dans un camp 3 étoiles à + de 5000m d'altitude sur un monceau de pierres et de glace.
Un cuisinier, un sherpa et un kitchen sont là depuis 40 jours et ont préparé un camp tout confort : grande tente salle a manger chauffée au gaz et éclairée au groupe électrogène,
chacun notre tente, copie chinoise de la north face VE 25 avec isolant mousse au sol + matelas mousse, petite cuisine en pierres, tente toilette tente douche, etc. Enfin nous voilà bien installés pour quelques temps dans des conditions optimales, il faut ça car le CB est haut et assez dur à vivre même si j'ai pu aller y faire ma toilette en cassant la glace en pleine journée.
Dès notre arrivée la consigne est passée : téléphones satellite interdits jusqu'au 10 mai. Le comble ! Je ne peux pas utiliser le mien comme je voudrai et je risque de me faire prendre. Je ne peux même pas envoyer de SMS avec le système Thuraya... Pas content mais cocu !
A mon arrivée je me retrouve sous la tente cuisine à siroter le thé avec les sherpa d'altitude tous mieux fringués que des guides, c'est vite devenu la caste de l'Everest business. Le calendrier tibétain est consulté pour la « puja » cérémonie pour inspirer la clémence des dieux des offrandes sont prévues sous forme de bières biscuits et chocolat Ang Tsering a même tapé dans mes vivres d'altitude. Juste retour des choses je me suis payé en tapant sans le savoir dans la réserve de bières des dieux ! On verra si ça porte malheur !
Dans l'après midi je me familiarise avec l'oxymètre, engin délicat à utiliser avec des valeurs très fluctuantes prendre la mesure sur le même doigt et de la même façon.
M : 248m-240m/h
D : 83m-300m/h
Tps : 2h10
Pls :82 /119/142
CB (5300m)
Ne jamais plaisanter avec les militaires, ils ne connaissent qu’un degré, le premier.
T° : -9° Pression : 531mb
Saturation : 95/99
Aujourd'hui repos et préparation du matériel.
La première cuisine construite par les pionniers du camp est envahie par les eaux. Notre équipe va refaire un terrassement à cet endroit pour remonter le niveau et y placer la tente mess plus proche ainsi de la nouvelle cuisine.
Vérification et mise au point du matériel : crampons baudriers longes,
Chargement réglage et distribution des radios.
Attention il ne faut pas plaisanter avec l'armée népalaise un utilisateur de tel satellite et des américains pas très malins exhibant une banderole : "Free Tibet fuck chineses" se sont fait renvoyer dans leurs foyers.
Anne Garance pas très bien aujourd'hui passe son temps dans la tente. Il faut bien dire que les agressions à la fois du froid de l'altitude et les changements alimentaires (mon cher Watson) sont difficiles à encaisser pour l'organisme quand à cela s'ajoute la solitude, le moral fait des hauts et des bas...
Pendant ce temps je fais une petite reconnaissance jusqu'au départ de l'ice fall. Toujours impressionné par la forêt de tentes et de drapeaux à prière jusqu'à l'infini au milieu d'un dédale de rochers de glace et de lacs gelés et ces montagnes démesurées qui nous entourent éclairées par les soleils du matin et du soir, écrasées de lumière la journée tout cela contribue a créer un climat surnaturel et on se demande parfois ce que l'on vit. Etre empêché de communiquer sur l'extérieur pendant 20 jours accentue encore cette sensation d'isolement au milieu de la foule.
Anne Garance très mal au dîner finit par tout vomir et se sent mieux après.
CB (5300m)
J’ai pas d’apôtre, j’ai pas de croix, je crois en l’autre, je crois en toi… (Claude Nougaro)
Sat matin: 95
T° : -9° Pression : 532mb
Aujourd'hui c'est la Puja. Chaque expédition construit son autel en pierre et un lama vient pour la cérémonie. Offrandes et bénédiction du matériel, ensuite sont installés les drapeaux à prière en étoile tout autour du mat central de l'autel si bien que l'on pourrait compter les expéditions en comptant les autels.
Tout un tas de friandises on été regroupées l'autel est entoure de canettes de bière San Miguel. Mais quel est donc ce saint Miguel qu'on vénère tant ? Le dieu du houblon peut être.
Le lama qui est aussi sherpa a ses heures, il faut bien vivre, psalmodie les textes sacrés qu'il lit sur ses feuillets et de temps a autre on fait tourner les friandises et les boissons, on lance du riz vers l'autel au signal du dévot. La farine d'orge bénit chaussures et crampons nous héritons tous d'une poignée de riz béni et les bières et les victuailles tournent pendant que les drapeaux à prière sont installés. Les nourritures terrestres auront été équitablement partagées entre hommes et dieux et la cérémonie se termine en fête.
Le bouddhisme n'est pas une religion de la souffrance.
Ma contribution 1500Rpies pour le lama et 2000Rpies pour les victuailles
Je conclurai par la parole de Georges : "je ne crois pas un mot de toutes ces histoires, mais j'envie les simples d'esprit pouvant y croire".
CB (5350m) C1 (5950m) CB (5350m)
L’enfer est voisin du paradis.
A 4h du matin lorsque je me rends en cuisine pour mon rituel café au lait, l'ambiance est presque rassurante le temps est superbe la pleine lune éclaire le camp bercé par le ronron régulier des groupes électrogènes et un chenille de lucioles s'étire dans la cascade de glace.
Là je fais pour les allergiques au franglais, mais c'est impropre de traduire icefall par cascade de glace, ce n'est pas une cascade de glace mais une chute de séracs bien que je sois plus sensible habituellement aux chutes de reins, celle ci, malgré les apparence ne me laisse pas... De glace.
Anne Garance à du avoir une panne d'oreiller ce matin il faut que j'aille la réveiller !
Nous démarrons avec Maïla le cook du camp 2 et très vite Anne Garance ne se sent pas bien, elle couve depuis 2 jours des problèmes de foie, je la raccompagne un petit bout et elle me laisse repartir seul pour une reconnaissance.
Alors là les amis l'icefall c'est fou je n'aurai qu'un mot, fantasmagorique, orgasmotitanic, giganticimesque, alucinogex ,enormicime, delirantex, chaotrique, fantasteque, majix
Babas arrêtez le pétard venez dans l'ice fall ! Cadres arrêtez repas d'affaire whiskys et prozac montez dans l'oxygène rare !
Je suis transporté par cette idée je suis dans cette mythique icefall du non moins mythique Everest. J'en ai tellement rêve et en pensant aux êtres chers, aux clients fidèles aux potes alpinistes il me vient souvent des larmes de joie. C'est comme une femme longtemps refusée qui s'offrirait il y faut beaucoup de séduction de patiente et de chance. Je préfère la séduction a la conquête, oui c'est cela nous allons tenter de séduire l'Everest. Pété aux endorphines (la morphine gratuite : on devrai interdire le sport !) je me chante doucement : "je me voyais déjà en haut de la déesse mère". Mais toute euphorie a ses chutes...
Le C1 se fait attendre il est loin le bougre et le soleil cogne fort et les forces s'épuisent puis tout bascule la mécanique s'essouffle et je reste les yeux rivés sur le compteur : "ne pas dépasser 140 au pouls ! ". Ce pouls ne veut pas redescendre même à la descente ! Je paye la dette d'oxygène.
J'ai un peu violenté cette bonne vieille carcasse celle qui supporte depuis 62 ans le tyran qui la gouverne et qui s'est toujours montrée a la hauteur de la situation. Carcasse c'est juré l'heure de la sagesse arrive plus que du bien pour toi pour toutes ces années de bons et loyaux services.
C'est trop long en aller et retour dommage après une acclimatation aussi bien commencée, la descente est interminable, la pompe ne veut pas se calmer et voilà la gorge et les bronches brûlées par cet air froid.
Paradis et enfer dans la même journée c'est la dure condition de l'homo alpinus.
M/D : 800m
Tps : 10h20 !
Pls : 94/132/151...125<9h<165 !
1h<125
Balade dans l'ice fall
Ethique et toc…
Déjeuner à 6h, nous partons dès que nous sommes prêts. Objectif parfaire l'acclimatation au entre 5 et 6000m et familiariser Anne Garance avec les passages d'échelles. Devant le spectacle elle est saisie des mêmes sentiments que moi la veille :"c'est hénaurme" s'exclame t'elle. Nous grimpons jusqu'à 9h franchissant au passage quelques remarquables échelles pour lesquelles AG n'éprouve aucune appréhension puis décidons la descente à l'heure ou l'ice fall commence à chauffer sous le soleil. A ce propos en très haute montagne il y a 2 heures où il fait bon vivre entre 9 et 11h ! Le reste du temps il fait trop chaud ou trop froid. Salut les masos... Mais c'est tellement beau !
Dans l'après midi nous préparons avec Ang Tsering, un des deux sherpas d'altitude, nourriture et charges pour les camps supérieurs.
Notre nourriture, les tentes, les réchauds, l'oxygène, etc. Tout est porté par les sherpas nous ne transportons que nos affaires personnelles. Ca me change de pas mal d'expéditions où l'autonomie en altitude fut presque totale. Mais c'est à ce prix qu'ils peuvent vendre une montagne aussi difficile au plus grand nombre. Equipement total de la montagne et transport du matériel des Occidentaux plus ou moins fortunés qui viennent se mesurer a cette folle entreprise. Ils peuvent ainsi se partager un copieux gâteau : c'est l'Everest business...
J'entends d'ici les commentaires de cafistes en chemise à carreaux (ils les ont depuis longtemps jetées aux orties, mais c'est pour l'image) et autres parangons de vertu refaisant le monde de la montagne autour d'une bière au café de la poste toujours prêts a donner des leçons d'intégrité quand leurs salaires tombent tous les mois.
Leur réaction peut sembler justifiée et nous restons tous attachés à une éthique de l'alpinisme que nous retrouvons dès que l'occasion s'en présente mais même dans ces conditions d'assistance l'ascension de cette montagne reste un énorme dépassement de soi pour la majorité des personnes qui l'entreprennent. Et puis les montagnes sont nombreuses et il reste beaucoup de projets de par le monde en parfaite éthique pour les amateurs que nous sommes restés, et je n'ai pas vu beaucoup de puristes passer à côté d'une corde fixes quand elles sont en place au delà de 5000m.
M/D : 300m
Tps : 4h30
Pls :76/118/141
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CB (5350m) C1 (5980m)
Quand le corps se souvient…
Alors là les amis aujourd'hui c'est la fête du guide ! Le monde à l'envers la cliente attend et encourage le guide. Le guide est malade. Bronches en feu, jambes en coton, c'est comme si je n'avais qu'un poumon sur deux qui fonctionne et avec le soleil c'est l'enfer de l'ice fall et à chaque instant je crois abandonner. Je paye au prix fort l'effort de 10h d'avant hier ou piégé par mon enthousiasme je suis allé trop loin et pourtant je le connais ce piège pour l'avoir expérimenté plusieurs fois... Grand enfant va !
En altitude l'air glacé nous entre directement dans les poumons d'autant plus qu'on est obligé d'augmenter les échanges respiratoires et cela débouche très vite sur une infection sinus gorge bronches.
C'est le piège classique et mon talon d'Achille la sphère ORL. Ce qui m'est déjà arrivé au trekking du Kangchenjunga en 2006 ou j'ai cru abandonner heureusement grâce aux 2 infirmière qui m'on prescrit le bon cocktail je sais ce qu'il faut faire maintenant.
Arrivés au camp Anne Garance se révèle une camarade de tente efficace et agréable présentement j'en ai bien besoin.
M: 800m-160m/h
Tps : 9h
Pls : 49/122/151
C1 (5980m)
La haute altitude c’est gagner durement le devoir de ne rien faire…
Pression : 488mb on est passé sous les 500 !
Après la journée honte du guide c'est la nuit de la honte mais là je ferai un fichier crypté pour les intimes sachez qu'il s'intitule le slip kangourou à Muraillat (c'est mon voisin) ou, peut-on faire l'Everest sans culotte ? Bref, je vous laisse deviner...
Journée glandouille ! En altitude il est urgent de ne rien faire.
Journée repos, lecture (Terre de Feu de Coloane excellent), écriture, rare sorties de la tente pour satisfaire les besoins naturels. A ce propos j'ai fait l'impasse sur la gourde pipi par égard pour ma voisine de tente et je le regrette.
Le C1 est un village de tentes (150) avec une intense activité d'aller et venues, il est coincé dans cette étroite combe ouest entre les gigantesques parois de l'Everest et du Nuptsé,
la face du Lhotse ferme la combe et on y perçois la suite de notre itinéraire, sur la gauche se profile l'arête de l'Everest du col sud au sommet sud.
Finalement c'est une bonne solution de rester à ne rien faire une journée à la nouvelle haute altitude. Marquer des paliers d'acclimatation c'est le mieux il faut en avoir la patience et le temps.
De plus le sommeil de la journée est plus réparateur.
Notre planning d'ascension s'improvise d'autant plus qu'aux dernières nouvelles nous allons vraiment être assignés à résidence au CB du 1er au 10 mai. Il faut exploiter au mieux cette première période en espérant que ses effets ne s'estompent pas trop en attendant que ces messieurs portent la flamme olympique la haut.
En attendant ce soir c'est la renaissance, je sors peu à peu de l'abîme où je me débattais hier. Les remèdes de cheval que je m'administre n'y sont sûrement pas pour rien.
C1 (5980m)-C2 (6350m)
Dans la vie il y a le ventre et ce qu’il y a au bout, à l’Everest il n’y a plus que le ventre (Chris Bonington)
A 6000m T°sous la tente à 2 : -9°
Pression : 483mb
Pouls mini mesuré : 56
Les parois de la tente sont couvertes de givre et à chaque rafale de vent (il se lève à 3h et cesse à 17h) nous avons droit à une toilette rafraîchissante du visage des particules de givre éjectées de la toile.
Mauvais sommeil pour Anne Garance pourtant nantie de capacités rares de ce côté là il faut du temps pour cette foutue acclimatation.
Le C2 est le pendant du C1 qui se trouve sous l'épaule de l'Everest. Il se trouve lui sous la gigantesque et sombre face ouest de l'Everest 2500m de roche noire et délitée, d'immenses tours en ruine, des couloirs, des facettes glacées, tout un univers difficile à appréhender pour les infimes poussières que nous sommes à son pied. Cette face qui fut gravie en son temps par l'Anglais Chris Bonington et ses compagnons.
Pour se rendre au C2 on emprunte l'étroite combe ouest entre la face étincelante et métallique du Nuptsé sur la droite et la face de fantasmagoriques structures de glace de l'épaule ouest de l'Everest sur la gauche. Il ne m'a jamais été donné de voir de telles couleurs et de telles formes. Alors là le minéral se surpasse !
Pour se rendre au C 2 la dénivellation est raisonnable mais la distance importante. Je m'applique à donner un rythme lent et régulier à AG qui souffre un peu aujourd'hui en manque de glucides lents de nos repas du camp précédent.
Dans le long tête-à-tête que j'ai avec elle, je l'apprécie de plus en plus. Aussi peu bavards l'un que l'autre, les choses avancent doucement. Il faut dire que l'animation d'un groupe d'une personne pendant 64 jours c'est assez nouveau pour moi. J'apprécie son côté respectueux et responsable. Rien de tel qu'une bonne éducation bourgeoise, latin grec, conservatoire et scoutisme pour faire des adultes qui tiennent la route. Je sais, ma pensée s'éloigne de plus en plus de celle de James Dean pour se rapprocher de celle du général de Gaulle c'est parce que je suis entré depuis longtemps dans l'âge mur (celui qui précède l'âge pourri). Mais si je n'étais pas resté un peu rêveur et utopiste serais-je ici ? Oui, me direz-vous je suis payé, mais aller à l'Everest est-ce la bonne façon de gagner tranquillement sa croûte ? A propos d'utopie j'ai beaucoup aimé la phrase de Sépulveda en intro au bouquin de Coloane : " l'utopie n'a de valeur que par l'élan qu'elle éveille dans le cœur des hommes ".
Où en étais-je avant de digresser dans l'utopie ? Ah oui nous arrivons donc à ce fameux camp au milieu de glace et blocs de rocher, étrange, calé sous la face ouest qui nous domine de ses 2500m. Notre tactique va consister à en faire un camp de base avancé avec un peu de confort : chacun sa tente, tente cuisine avec cook qui prépare les repas point de départ réconfortant pour le sommet.
Toutes les expéditions procèdent ainsi c'est l'Everest business (une économie qui concerne 100’000 personnes parait-il)
Maïla notre cook toujours le sourire jusqu'aux oreilles nous attend et nous retape avec ses petits plats. Il a monté comme demandé par radio nos mots fléchés et ma sacro-sainte gourde pipi, avec la gourde pipi tu restes au lit, qu'il soit béni...
Pendant que sous la tente cuisine Maïla nous prodigue des soins quasi maternels il me semble entendre ma langue maternelle cette fois-ci, chose si rare en ce lieux, je me déplace jusqu'à la tente voisine et je tombe sur Nadir un franco algérien du 93. Journaliste à FR3 perdu dans une expédition anglo-saxonne petit budget moins "assistée" que la notre, il souffre un peu, heureux de parler à un pays .Insolite et courageux le premier algérien au sommet ? Qui sait...
Après la sieste réparatrice petit tour dans le camp qui voisine avec d'immenses et fantasques formations glaciaires au soleil rasant c'est extraordinaire.
Cette beauté singulière de la très haute montagne comme une belle musique nous touche au plus profond (à condition de ne pas être malade !)
Aujourd'hui encore ma joie est immense, le bonheur des cimes me fait le don de sa visite. C'est une sorte de joie enfantine.
"L’amour de la montagne chez un homme c'est l'enfance en lui qui ne veut pas mourir" Le seule petit souci c'est de ne pas pouvoir partager avec tous ceux qui comme, nous ressentent l'émotion en ces lieux, et je pense a chaque fois au dessin de Samivel représentant quelqu'un qui contemple un paysage de montagne et se dit : " il faudra que je le dise a quelqu'un ".
Ecouté avant de dormir les suites pour luth de Bach. L'écoute au casque est plus précise. Pourtant écoutées et réécoutées, l'impression de redécouvrir à chaque fois cette géniale musique.
M : 388m-180m/h
D :40m
Tps : 4h 20
Pls : 41/101/131
C2 (6350 m)
T° sous la tente seul : -11° !
Pression : 462 mb
Le jeune Marius travaillant à l'année entendait le sabir (pour amateurs éclairés. elle est double)
Le froid nous paralyse et nous affaiblit. Il va falloir compter avec lui et l'oxygène rare désormais, deux fortes puissances avec lesquelles composer. La règle se débrouiller à éviter leurs agressions. On fait le siège de la montagne et nos armures modernes de plumes nous protégent des flammes froides qui nous agressent.
Aujourd'hui repos, globules, pas grand chose si ce n'est la visite insolite d'un militaire népalais parlant un sabir français avec un accent camerounais et portant un fusil à lunette faisant le tour des équipes pour bien montrer que la loi est présente.
C2(6350m) CB(5300m)
Home sweet home
T° et Pression : les mêmes
Pouls mini au réveil : 61
Après réflexion nous décidons une redescente au CB. 2 nuits à 6000m et 2 nuits à 6350m devraient bien améliorer la polyglobulie (augmentation du nombre de globules rouges qui compense la baisse de pression d'air = acclimatation). Et une bonne cure de repos 1000m plus bas nous sera profitable, de toute manière, selon les dernières nouvelles, personne ne doit quitter le CB du 1er au 3/05.
Départ avec le soleil vers 8h30. Nous marchons régulièrement en prenant garde à ne pas nous essouffler. Il y a un trafic incroyable de sherpas et d'alpinistes en tout genre et c'est étrange de penser que cet endroit est resté pendant des millions d'années, par son inaccessibilité un des plus sauvage de la planète.
Cette montagne est tellement hors de proportion que nous avons l'impression de découvrir les passages pourtant déjà parcourus plusieurs fois. Quelques échelles branlantes au dessus d'abîmes insondables réservent quelques moments de bravoure. Et nous revoilà au CB pour des vacances forcées, home sweet home la tente douche est grandement appréciée.
M : 147m-260m/h
D : 1143m-520m/h
Tps : 4h45
Pls : 52/110/168
CB (5300m) CB Pumori (5450m)
T° -4° Pression : 533 mb
Ces lieux que l'on trouvaient durs à l'arrivée se révèlent vivables en comparaison avec ce que nous avons connu plus haut... effet de l'adaptation.
Pouls pris pendant 1h au réveil : 47/61/104.effet de l'adaptation également.
Balade intéressante jusqu'au camp de base du Pumori. Il faut reprendre la direction de Gorashep et au sommet de la moraine (drapeaux) prendre sur la droite un court chemin raide mène à un replat qui surplombe un joli petit lac au pied de la face.
Je profite de la superbe planque que constitue cet endroit pour joindre Micheline au téléphone et je ne parviens pas à lui raconter autrement qu'en pleurant mon expérience de ces derniers jours. L'émotion me submerge mais ce sont des larmes de joie.
Nous joignons ensuite Marc Lubin avec Anne Garance pour les nouvelles et les perspectives pour la suite. De toute façon nous devons attendre le feu vert des chinois. Ils ont fait une tentative de flamme au sommet aujourd'hui mais échec, trop de vent. Le routeur météo nous annonce -30/-40 au sommet, mais cela va s'adoucir parait-il !
Tps : 3h
M/D : 300m
Pouls : 66/104/140 2h50<125
CB (5350m)
Mais quand vont-ils la déclarer leur flamme ?
Pouls relevé pendant 1h au réveil : 51/67/105
Grand calme ce matin. Une paix printanière enveloppe le camp. Les oiseaux ne s'y sont pas trompés qui célèbrent à leur façon cette douceur et commencent à songer à leur descendance. Caressons l'espoir que les conquérants de l'empire du milieu, de l'autre côté profitent de ce calme pour mener leur projet à son terme.
Pas un bruit c'est étrange tout le monde semble attendre cloîtré dans sa tente. On s'installe pour une longue patience.
Malheureusement au matin les mauvaises nouvelles viennent brouiller notre joie, on nous annonce qu'ils n'ont toujours pas réussi...
CB (5350m)
L'installation dans l'attente permet de redécouvrir les joies de la lecture au long cours, la journée sans interruption.
Essais de l'oxygène et tri de la nourriture, toujours rien côté chinois.
CB (5350m)
L'attente continue de la tente à la tente : Tente chambre à coucher à tente salle à manger.
Dormir, manger, lire, penser, guitare, pratiquer l'art de l'attente.
Le temps a tourné aujourd'hui il neige et Anne Garance a 36 ans, le bel âge.
Mon pavé de 600 pages de Mario Vargas Lliosa (Pérou) me donne bien du plaisir mais il faut faire
durer, ralentir le rythme.
CB (5350m)
De plus en plus souvent le ciel se dégage dans la nuit et les nuages montent très vite pour apporter la neige dès le début de l'après midi. Voila qui n'arrange pas nos affaires et de l'autre côté non plus, cela n'évolue toujours pas. Quelques cm au CB peuvent donner beaucoup plus en altitude. L'attente continue donc à s'installer... C'est difficile, il faut beaucoup de patience, de philosophie et garder ses nerfs.
Fin des 600 pages de "La fête au Bouc" un livre qui va figurer à mon panthéon personnel des meilleurs. Qui m'a permis une évasion qui dure, un grand livre, très fort. Ca va être dur de lui trouver un remplaçant la bibliothèque s'appauvrit et l'attente s'allonge...
CB (5350m)
Presbytes attention les yeux !
Ang Tsering descend à Gorashep et je me dégourdis les jambes sur une petite balade de 2h dans les blocs qui surplombent le CB. Ca fait du bien de prendre un peu de recul et de quitter cette tente ou nous séjournons nuit et jour.
Tout d'abord sur la rive du glacier en direction de l'ice fall puis en remontant une pente de blocs, belles vues sur le camp et sur l'ice fall.
Puis dans l'après midi, une découverte pour les vieux obligés de porter des lunettes loupes : cela décuple l'effet du soleil et provoque des maux de tête. Les associer à des lunettes de soleil même sous la tente.
M/D : 172m - 240m/h
Tps : 2h
Pouls : 108/125/145
CB (5350m)
Descendre c’est découdre tous les points où tu as mis tes pas…
Aujourd'hui encore une courte escapade dans les amoncellements de blocs pour rejoindre le sommet de la moraine qui domine le camp.
Cette fois ci je contourne par la gauche et je découvre un cheminement dans une pente de gros blocs plus stables et moins dangereux que la moraine. Il faut quand même calculer chaque pas dans ce chaos gigantesque et prendre garde à éviter un surf intempestif sur un bloc de quelques tonnes qui se transformerait aisément en pressoir d'un pied, d'une jambe, voire de toute ma fragile personne.
On rejoint ainsi la belle arête de blocs verdâtres et stables qui domine le camp et dont je délaisse l'escalade pour aujourd'hui. Je me contente de rejoindre le sommet de la moraine joli belvédère au dessus du camp (trace d'anciens drapeaux à prières)
J'aime ainsi tracer l'itinéraire à l'instar des pionniers, rechercher le passage, l'anticiper, évaluer sa difficulté, prévoir et contourner le danger, les sens en éveil à l'écoute des signes de ce monde muet, de cet environnement puissant. Guide aux origines.
Un avion a zébré le ciel pendant quelques temps. Est-ce un signe ? Ont-ils enfin monté leur foutue flamme au sommet ou continuent-ils à tirer leur flemme ?
De toute façon c'est décidé après demain (le 08/05) nous bougeons d'ici, objectif C2 !
Bonheur de la douche au CB. Je retrouve un corps aminci, malgré la nourriture abondante de nos cooks, libéré des quelques lourdeurs occidentales.
Terminé le récit à 2 voix des ascensions de Nives Meroi une Italienne qui réalise les 8000 en style alpin avec son compagnon : ni oxygène ni porteurs. Chapeau.
L'écrivain (Erri de Luca) qui fait l'autre voix assez fumeux et verbeux me fatigue un peu (on est exigeant quand on sort de la lecture d'un chef d'oeuvre).
Nives a quelques réflexions intéressantes qui sentent le vécu exprimées de façon originale :
"Bien sûr je le dis pour la bonne règle, un sommet atteint ne suffit pas. Il faut le redescendre avec la fatigue à son comble, la sensation de vide que te donne l'arrivée là-haut. Descendre c'est défaire la montée, découdre tous les points où tu as mis tes pas. Bien des alpinistes restent dans le piège du décousu, bien des accidents arrivent à la descente."
Et : "Ici tu ne dois penser qu'a la montagne, tu ne dois pas porter d'autre poids que celui de ton sac. C'est un endroit qui exige tout, tu dois laisser ton mauvais temps dans la vallée, il y en a déjà assez ici. Toutes les pensées et les efforts sont absorbés par l'horrible tâche que nous nous sommes donnée, escalader cette grosse bête. C'est un lieu insatiable, il veut tout et souvent ça ne suffit même pas."
Nives Meroi
Au dîner Ang Tsering nous apporte les dernières nouvelles : Les Chinois n'ont toujours pas réussi à monter la flamme, trop de vent de l'autre côté. Et en ce qui nous concerne nous monterons au C2 le 9 repos le 10 et C3 (dormir ou aller retour) le 11, retour au CB le 13 repos le 14 et première tentative à partir du 15, tel est le plan que nous avons établi. Ce qui aura quand même fait 10 jours d'attente au CB !
M/D :170m-300m/h
Tps : 1h42
Puls : 102/125/142
CB (5350m)
T° sous la tente : -6° -7° pendant la nuit.
J'avais l'impression qu'il faisait moins froid que quand nous sommes arrivés, il n'en est rien, preuve, ce que j'avais déjà constaté, que la réaction au froid doit faire partie des critères d'adaptation.
Pouls pris sur 1h13 en fin de nuit : 52/83/103
L'attente se prolonge... Lessive guitare lecture. Quelques heures du matin sont confortables et puis très vite il fait trop chaud dans la tente et vent et soleil nous agressent dehors. Et nous recherchons les endroits de bien être.
Quand on pense que le CB nous semblera un endroit idyllique quand nous serons là-haut !
Chine...toc
D'après les renseignements que nous avons les Chinois devraient refaire une tentative aujourd'hui de toute façon nous montons demain au C2 et à partir du 10 l'interdiction est levée... Ca commençait a faire un peu long 9 jours sur un CB sans bouger.
Un peu d'action enfin !
Grand plaisir d'une dernière douche chaude à 5300m et pendant celle-ci - un bonheur n'arrive jamais seul - dernières infos (Source radio népalaise)...
Ca y est ! Grande nouvelle les Chinois ont monté la fameuse flamme au sommet. Ce matin 18/05/08 à 7h15. Enfin ! Ces gros malins ont fait porter la flamme par des femmes alpinistes tibétaines... Politique quand tu nous tiens.
Préparation du sac qui promet d'être volumineux et lourd. Perdu une bonne partie de la journée à essayer de comprendre pourquoi ma frontale ne fonctionne pas avec les piles "energizer" et seulement avec mes batteries rechargeables, ce qui me conduit à monter le panneau solaire la haut... Le sac va avoisiner les 12/15 kg, les épaules seront douloureuses !
Dans la soirée nouvelle tentative pour se connecter à Internet avec le téléphone satellite de nouveau infructueuse, de plus, le bouquet, l'ordinateur d'Anne Garance refuse de démarrer et le disque dur émet un bruit bizarre comme si il n'arrivait pas à tourner. Marc Lubin a eu Chadourne le technicien de TDCOM à Paris et pour mon problème de carte SIM, que des réponses évasives. Je pense depuis le début qu'ils ne sont pas vraiment compétents en tout cas qu'ils manquent à tout le moins du minimum de conscience professionnelle. Je vais en être pour mes frais, j'espère simplement que mon portable fonctionnera à mon retour en France !
CB (5350m) C2 (6350m)
Comme un poisson hors du bocal
Sat : 99.% en général entre 85 et 99
Lever 6h30 départ 5h.
13h30 d'effort entre 5 et 6000 ! Cette montagne bafoue toutes les règles élémentaires de l'acclimatation. En effet CB-C1 : 8/900m dans un terrain fatiguant et si l'on fait CB-C2 1180m ! C2-C3 8/700m arrivée au dessus de 7000m. C3-C4 1000m arrivée à 8000m.
C4-sommet 8/900m arrivé à 8850m !
Au départ tout va bien, je constate que l'acclimatation permet un pouls plus élevé avec une respiration moins rapide et évite cette sensation d'étouffement : le poisson hors du bocal. Aujourd'hui c'est Anne Garance qui est dans ce cas là... Elle a attrapé la crève et se trouve sans force, se demande si elle va y arriver. Il faut dire que l'ice fall demande beaucoup d'énergie, surtout après que le soleil soit levé, on est dans l'enfer blanc on a besoin de toute sa respiration de toutes ses globules pour affronter échelles, montées, descentes, cordes et désert brûlant.
Aux dernières échelles verticales AG craque un peu, à la radio j'arrive à joindre nos sherpas pour demander assistance, que l'un d'eux viennent à notre rencontre pour porter son sac.
Nous mangeons un morceau et je lui donne 2 solupred de 2g qui vont lui permettre de tenir le coup jusqu' au C2. En effet c'est interminable ! Et je me demande si elle a encore assez de force alors que nous ne sommes pas encore au C1. Heureusement Nima l'autre sherpa nous rejoint et peut prendre son sac. Nouveau point radio au C1 et nous décidons de continuer l'interminable route jusqu'au C2 sous la neige avec une trace qui s'efface. Je donne le rythme le plus régulier possible à AG mais c'est interminable ! C'est vraiment trop long ! A la fin Ang Tsering vient à notre rencontre avec une boisson chaude et se propose de porter mon sac. La combe ouest en touriste pour le petit bout qui reste ça ne se refuse pas.
Cela n'arrange pas les sherpas de maintenir un C1 mais 13h d'effort à des altitudes pareilles cela puise sur les réserves. A mon goût ce n'est pas à conseiller pour une acclimatation réussie.
Il ne faudrait pas dépasser 8/10h d'effort au delà de 5000m et ne pas faire monter le pouls au delà de 135/140 (pour moi 62 ans)
Pendant le dîner Anne Garance repère une bouteille plastique et me demande de la couper. Ca y est elle a craqué, nouvelle adepte de la gourde pipi, quand je pense que j'ai eu des pudeurs au début à emporter la mienne.
Eh les filles en expédition mettez vous donc à la gourde américaine à goulot de 10 cm garante de confort.
Le soir après cet effort énorme de la journée je retrouve pour m'endormir ce que j'appelle la dette d'O2 très désagréable, on commence à s'endormir et le manque de débit par le nez vous réveille avec la sensation d'étouffer, quelques respirations accélérées et on retrouve le calme, nouvel endormissement, nouveau réveil, etc. C'est très pénible et angoissent il faut 2 a 3h pour trouver enfin le vrai sommeil.
M : 1189m - 90m/h
D : 170m
Tps :13h24 Puls :96/129/153 2h42<125
C2 (6350m) Repos
En haute altitude il est urgent de ne rien faire …
Glandouille a 6300. Aux bons soins de Maïla (notre cook du C2) qui nous mitonne des petits plats avec les moyens du bord, chef d'un des plus hauts restaurant qu'on puisse imaginer. Cela dit l'endroit reste assez invivable : on gèle sous la tente la nuit (-12°) et on y rôtit la journée (+30°) lunettes de soleil et casquette pour se protéger du soleil qui brûle à travers la toile, tenue ultra légère de rigueur. Les heures du lever et du coucher de monseigneur l'astre solaire restent très agréables.
Aujourd'hui les sherpas de tous les groupes sont montés équiper et installer le C3. Il y a 4 étages de tentes sur le sérac peu tourmenté qui réserve quelques plates-formes et qui se trouve sous le sommet du Lhotse à droite du large couloir qui descend du col sud. Il faut ensuite traverser pour atteindre la bande de rochers jaunes et retraverser encore pour atteindre le col sud.
C2 (6300m) C3 (6940m) pression : 424mb !
A forte responsabilité fort pouvoir de décision
Ca a toujours été mon credo. Avec les agences ou il a toujours été clair que le guide souverain ne doit céder à aucune pression car il reste le seul responsable devant la loi.
Pourquoi parlais-je de ça ? C'est à cause du sherpa le plus responsable Ang Tsering qui aurai tendance à faire un peu le programme à sa sauce la sauce sherpa. Mais bourrés de globules comme ils le sont ils ont tendance à perdre le sens de la réalité des efforts en haute altitude, et a nous parler de plans irréalisable. Je reste le chef d'expédition et c'est vers moi que l'on se tournera dans tous les cas comme responsable. Donc garder son pouvoir de décision. Ca tombe bien Anne Garance me suit complètement là-dessus.
J'ai constaté aussi que comme chez nous, les plus nantis (les sherpas d'altitude sont les mieux payés) deviennent vite les plus revendicatifs et prenant la grosse tête de l'Everest perdrait ce sens du service légendaire. Mais n'exagérons rien nous avons une équipe conforme à ce que j'ai pu connaître auparavant les cooks sont des crèmes et l'autre sherpa Nima très timide est également très serviable. Et il est normal au fond que l'Everest soit un cas à part.
Parlons en, justement, aujourd'hui grand jour, on affronte la célèbre face du Lhotse. Notre tente parmi les plus basses paraît toute proche mais je sais que c'est trompeur puis qu'elle est quasi à 7000m.
Réveil à 4h45 départ 6h. Nous traversons longuement le haut du C2 qui s'étire sur une grande distance pour rejoindre le plateau qui mène au pied de la face du Lhotse où nous attend une pente raide équipée de cordes fixes. Sur ce plateau il y a un monde fou, une foule cosmopolite et bariolée qui marche vite trop vite pour l'altitude ce qui me fait penser qu'ils ne semblent pas avoir une grande expérience de l'himalayisme ou peut être sont ils très forts. En tout cas ils sont soit sans sac accompagnés d'un sherpa soit avec des petits sacs.
Nous fixons nos poignées d'ascension sur la première corde et commençons à gravir la pente raide (35/40°) et en glace vive, il est presque impossible de poser le pied a plat et les pointes glissent sur la glace bleue, ce qui rend la chose encore plus physique vue l'altitude et le poids du sac. Il faut jongler avec les personnes qui descendent pour ne pas se trouver sur la même corde en même temps à ce propos je pense que la surfréquentation à l'Everest doit être considérée comme un risque objectif (queues au ressaut Hillary, chutes de pierres, de glace, avec des personnes pas toujours au fait des techniques de l'alpinisme) en tout cas c'est assez folklo sur ces cordes.
Nous n'avions pas fait 30m que passe une première pierres de la grosseur d'un kilo de sucre au dessus de nos têtes et fort près des têtes casquées d'un couple qui nous surplombe suivie d'assez près d'un deuxième pierre du volume de 10kg de sucre ! Pour le couple c'est 1/2 tour et pour moi le premier stress passé et la première envie de renoncer dépassée je me laisse le temps de la réflexion. Nous sommes à l'abri sous un mur de glace. J'essaie d'obtenir des renseignements de ceux arrivant du haut d'où viennent ces pierres si c'est anecdotique ou systématique ? Un Népalais nous donne la méthode : c'est vrai, c'est dangereux mais il faut monter en regardant vers le haut pour se déplacer rapidement à chaque pierre qui descend (en criant olé ?)
Finalement après un moment d'attente, ne voyant pas de nouveaux projectiles inquiétants fendre les airs je décide la montée. Nous en verrons deux ou trois autres (pierres) dont une nous évitant a raté de peux un groupe d'Américains.
Après, ça n'a été qu'effort en altitude, attention à ne pas se mettre dans le rouge, placer les pieds pas facile dans cette glace vive, pas trop tirer sur les bras se reposer sur sa poignée jumar et ces tentes qui n'arrivent pas et cette neige et ce brouillard qui eux arrivent .
Anne Garance remarquable de volonté et de courage dans cette montée raide et gelée avec un sac dépassant les 12 kg sur les épaules. Bravo à elle.
Ca rapproche de souffrir de concert, elle m'a même proposé de partager ma gourde pipi tente commune gourde commune, mais jusqu'ou irons ils !
M : 723m - 150m/h
D : 78m-220m/h
Tps : 9h40
Puls : 63/133/165 . 125<8h10<165 1h26<125
C3 (6945m) C2 (6300m)
Mais que diantre allaient ils faire dans cette galère ?
Au matin de fortes rafales de vent secouent la tente donnant la désagréable impression qu'elle va s'arracher à tout instant. La première tentative pour faire de l'eau chaude s'avère infructueuse, les réchauds sont couverts de neige l'abside est envahie par le vent et les briquets refusent de s'allumer !... Patience...
Tout est gelé à l'intérieur et a l'extérieur de la tente, obligé de rentrer les réchauds pour faire l'eau chaude...opération délicate !
A 9h45 nous quittons notre abri de toile secouée pour rejoindre les cordes fixes encombrées de touristes d'alpinistes de sherpas la foule des chalands qui comme nous font tourner l'Everest business.
La descente en rappel ou téléphérique (petite glissade frayeur pour AG sur la fin) face à la pente nous oblige à slalomer d'une corde a l'autre mais s'avère assez rapide et nous avons rejoint le C2 en 2h. Ou Maïla la fée du logis, a trouvé le moyen de nous faire une tartiflette avec ce qu'il avait sous la main. Nous avons passé la nuit sans oxygène ce qui nous fait classer par nos sherpas dans la catégorie des "I-strong". La météo semble mauvaise pour ces prochains jours mais suite à une après-midi neigeuse le ciel est pur ce soir...
Sous la tente dans le confort retrouvé du C2, chandelles et Mozart pour inspirer l'écriture... Très grand siècle, un peu de douceur dans ce monde brutal...
C2(6300m)CB (5300)
Ca doit être bien d'être de quelque part, d'en partir et puis d'y revenir, quand on est de nulle part.
Aujourd'hui retour au bercail : sweet camp de base sa douche chaude, sa guitare et ses 5300m devenus respirables.
Micheline que j'ai au téléphone régulièrement (merci satellite) me transmet les messages de soutien, famille, amis, clients, ça réchauffe le cœur en ces lieux d'austérité.
Une cascade de glace bien calme aujourd'hui -nous sommes seuls et étonnés de l'être- dans un temps mitigé mais pas le méchant mauvais annoncé. En 4h15 nous sommes à nouveau dans ce qui commence à ressembler a des habitudes.
CB (5350m)
La météo est une science approximative qui tente de prévoir le mouvement des masses d'air.
Ce matin ciel dégagé contrairement aux prévisions.
Je regarde le programme à venir avec Ang Tsering, nous prévoyons le sommet aux alentours du 20/21. A la suite d'un coup de fil à Marc Lubin, notre routeur météo prévoie un changement de temps les 19 et 20 avec plus de neige. Ca tombe mal... Nous referons un point météo vendredi...
Derniers préparatifs test des bouteilles d'O2 détendeurs et masques des sherpas qui doivent monter demain (15/05) au C2 pour équiper ensuite le col sud...
Chaque bouteille contient 4 l d'O2 et pèse 4kg pleine, elle mesure 60cm de long. Il faut visser le détendeur réglé à 0,5l, a fond on peut ensuite régler le débit de 0,5 à 4l le manomètre indique la quantité restante. Nous sommes sensés l'utiliser à partir du C3 et les sherpas à partir du C4. Il est certain qu'avec une telle rapidité d'ascension a partir de 7000m -on enchaîne quasiment les 1800m jusqu'à 8800 avec un petit repos au col sud- il est impossible de se passer d'O2.
Dans l'après-midi je reçois la visite de Jangbu mon sherpa de l'Himlung Himal avec qui nous avons échappé au pire en 2005. Il va monter pour la 4eme fois à l'Everest avec des danois. Son CV s'est encore allongé il ne lui manque plus que trois 8000m. Il me raconte l'accident qu'ils ont eu au Thorong Peak ou Tom Nikles a laissé la vie l'année suivante. Les meilleurs se font avoir sur l'habitude et l'anodin, comme toujours.
CB (5350m)
Attendre, calmement attendre, faire le siège, ça peut être une tactique de séduction...
Temps très nuageux avec peu de précipitations. Les deux sherpas sont montés au C2. Ils doivent équiper le col sud demain. Quelle météo ?
Après le dîner nous jouons au yatze avec AG qui a de longues années de pratique avec sa grand mère ! L'ambiance monte très vite et attirés par les cris le cook et le kitchen rapliquent... Ce sont des passionnés de jeu et ils comprennent de suite la règle. Cela laisse augurer de beaux tournois en perspective à notre retour!
Je réalise 4 yams dans la soirée ! Michelliiiiiine ! Que fais-tu ?...
CB (5350m)
La veillée d'armes des lavanturières ( Lavandières aventureuse) et revendications d'un membre de la CSN (confédération des Sherpas nécessiteux)
Dernière lessive, dernière douche, nous profitons du soleil avant d'affronter sérieusement le troisième pôle ou là ça rigole plus ! La vie n'y est plus admise seuls quelques oiseaux et quelques couillons dans mon genre déguisés en cosmonautes ont le toupet d'affronter la...attention roulement de tambours... "Zone de la mort". Brrr... Ça fait froid, et pas que dans le dos !
Après le lunch j'ai droit au discours d'un sherpa de passage qui m'a rappelé ce que j'évoquais plus avant. Nous n'aurions qu’à suivre, ce sont les sherpas qui font tout. J'aurai pu le renvoyer dans ses cordes en lui rappelant que des cordes justement j'en posais alors qu'il tétait encore sa mère, je lui ai juste rappelé que c'était un bon business pour les népalais mais il ne semblait pas convaincu.
Il embraye sur le discours de caste insatisfaite à qui tout est du... Décidément l'argent pourrit tout je ne trouve plus la les qualités qui me plaisent tant chez les népalais honnêteté humilité humanité. Le comble, j'apprends par le cook qu'il n'a pas participé à la préparation de la montagne et qu'il est resté Sirdar au Camp de Base. Décidément on a les mêmes chez nous... Dommage.
CB (5300m) C2 (6350m)
Le chaos c'est long surtout vers la fin
Je persiste et signe c'est trop long !
1100m de dénivelé entre 5 et 6000 avec un terrain technique irrégulier : pentes raides, blocs de glace, crevasse, sauts, échelles, c'est forcement épuisant à la longue. Ang Tsering à beau dire que tout le monde fait comme ça... Et a nous citer les performances de tel ou tel...Et dire qu'il faut être capable de faire ça dans de bonnes conditions pour prétendre au sommet. Il faut 8h pour un alpinistes "normal" pour rejoindre le camp 1 et 4h supplémentaires pour le C2. Cela manque de progression pour une acclimatation "soft". On ajoute a ça l'artifice de l'Oxygène et ça fait un peu forcing, bon ni pour le corps ni pour l'esprit. Ca arrange surtout les sherpas de ne pas avoir à laisser en place et démonter un camp supplémentaire. Et à ses réflexions j'ai l'impression que Ang Tsering est un peu pressé d'en finir. Cela dit ils font des efforts colossaux : aujourd'hui ils montent pour la deuxième fois au C4 (8000m) en aller et retour pour équiper (tente nourriture oxygène réchauds) 1700m entre 6300 et 8000 dans la journée sans oxygène c'est assez énorme et c'est très rapide, cela sera la 3eme fois pour le sommet. Nous avons beaucoup attendu au CB et maintenant cela se précipite. La faute aux chinois certes mais quand même je découvre là une stratégie d'expédition un peu inhabituelle et brutale. Il est vrai que l'Everest est une exception on l'a déjà dit.
Mais revenons à notre journée du samedi 17/05.
Réveil 3h30 départ 4h45. Nous marchons bien régulièrement dans cette interminable icefall avant qu'elle ne soit chauffée par le soleil. Je constate une meilleur acclimatation avec des pouls très bas et pas d'essoufflement, c'est jouissif, plus de peur, plus d'angoisse le corps réponds bien, plus cette sensation d'étouffer si vitale. Anne Garance aussi se sent bien et marche régulièrement et sans fatigue. Nous sommes à midi au sommet des dernières échelles verticales ou nous cassons la croûte et à 13h au camp 1. C'est là que Anne Garance se retrouve soudainement sans forces (la limite des 8h d'effort).
Je lance un SOS à la radio vers le camp 2. Maila le cuisinier sauveur vient a notre rencontre avec boisson et sans sac pour prendre celui d'Anne Garance dans cet interminable plat montant qui mène au C2.
Le soir, manque d'appétit et sommeil perturbé, montrent que l'effort fut trop copieux.
M :1096m - 150m/h
D :67m
Tps :12h18
Pls : 42/118/145
C2 (6350m)
Le péril jaune est en marche
Le soleil se fait attendre et le froid engourdit tout. Un coup d'oeil par l'ouverture de la tente, les minuscules tentes sur cette face du Lhotse la trace pleine de fourmis laborieuses que nous serons demain qui va au col sud même la trace qui bifurque vers le sommet du Lhotse - il a été gravi hier parait-il c'est beau même si c'est dur.
A 15/16h nos sherpas reviennent du col sud, partis à 4h. Nima s'est senti mal et ils n'ont pas monté la tente au col sud il l'ont laissée au C3. Ils la monteront après demain quand nous rejoindrons ensembles le col sud, le hic c'est que après demain c'est le 20 et que la mauvaise météo semble confirmée par d'autres sources...
La mousson montrerait-elle le bout de son nez ? Bloody chinetoques qui nous ont mis en retard ! Le péril jaune redevient d'actualité.
Le dernier bulletin météo de notre routeur français Thomas par l'intermédiaire d'un message de Jacqueline Lubin sur le téléphone satellite est en complète contradiction avec les précédents la fenêtre serai les 20 et 21, les dates mêmes ou était prévue la neige !
C'est bien les météos qui s'annulent, finalement nous tenons compte de rien et suivons le programme fixé.
C2( 6350m) C3(6950m)
Les nuages sont l'âme des montagnes, le vent est leur souffle.
Réveil 4h30 départ 6h.
Aujourd'hui est un grand jour nous montons dormir au C3 et n'en redescendons pas sans avoir essayée la déesse mère du monde avec sa permission bien sur, elle nous domine et nous impressionne encore tellement. Ca fait si longtemps qu'on attend ça qu'on la courtise la haute dame !
En montant au sommet de ce long C2 qui s'étire je me dis que ce serait un programme bien progressif de faire une halte au C1 et d'aller faire un camp 2 tout en haut c'est large et plat et loin de la face, ça présente aussi l'avantage d'être a moins d'une heure de la face du Lhotse. Bref, ça m'étonnerai que je revienne pour mettre en place un tel programme...
Nous montons régulièrement à un rythme correct, l'acclimatation fait son effet, mais en arrivant sous la face nous sommes cueillis par un vent d'enfer qui nous glace car nous n'avons que la tenue alpine ayant laissée la tenue duvet au C3 une bonne occasion de tester la qualité des chaussures et des moufles, mais un peu froid aux fesses dans nos petits pantalons monocouche des Alpes.
Heureusement nous arrivons a midi au C3 et avons le temps de nous refaire une santé.
Nous testons les 4 bouteilles d'oxygène qui se trouvent au C3 deux sont à 30l et 2 a 25l sur 40l...Des restes d’autres expéditions je suppose, ce qui suffit pour le camp3, dommage, une bouteille pleine est restée au camp de base.
Je crois que Nima a un peu de mal à faire des 1700m entre 6300 et 8000 avec un sac de charge. C'est vrai que c'est un peu fou mais rien ne les empêchait d'équiper les camps progressivement. A leur décharge il y a eu ce contretemps chinois. Bref on s'adapte...
Appel téléphonique de Marc Lubin pour éclaircir la météo en effet notre routeur météo confirme bien une fenêtre de calme à partir de demain (mardi 20/05) à 18 h pendant 40h ce qui nous arrangerai bien si cela se vérifiai.
M : 700m -160m/
D : 70m
Tps : 6h
Pouls : 60/122/145
Sous toute réserve car la ceinture donne des valeurs fantaisistes. J'aurai du changer la pile en même temps que celle de la montre. De plus elle descend avec le sac a dos et se déconnecte... Pas evident.
C3(7150m)C4(7960m) et début de l'ascension jusqu'à minuit...
Etait-ce bien raisonnable ?
Et contrairement à une pensée Gaulienne les chemins escarpés ne sont pas toujours les moins fréquentés.
Nous avions prévu de partir à 5h finalement nous partons à 6. Je suis réveillé depuis 3h30 mais j'ai laissé dormir la petite marmotte qui est a mes côtés, et les préparatifs sont longs. Pour notre deuxième nuit au dessus de 7000 m ça ne se passe pas trop mal... Toujours cette angoisse d'entrer dans la dead zone (c'est plus impressionnant en anglais) mais finalement nous n'utilisons pas l'oxygène qui était prévue pendant la nuit.
Par contre à l'effort au delà des 7200m c'est une autre paire de manches. J'ai parlé avant du poisson hors du bocal dans la zone des 5/6000, ici c'est le supplicié a qui l'on fourre un mouchoir dans la bouche tandis qu'on lui pince le nez ! La sensation d'étouffement et d'une respiration haletante qui ne suffit plus aux besoins arrive immédiatement comme une détresse.
Au début seule AG porte le masque (il faut porter la bouteille qui pèse 4kg dans son sac) et je grimpe sans, puis très vite je comprends que je ne suis pas venu faire un Everest sans oxygène et que tant qu'a porter une bouteille autant l'utiliser. Et l'Everest sans oxygène c'est une chose à prendre très au sérieux d'ailleurs tous les sherpas l'utilisent à partir du col sud, et même la nuit.
Au début le réglage du débit nous a posé quelque problèmes il faut donner assez de débit pendant l'effort sinon on a envie d'arracher le masque pour reprendre sa respiration (il y a 4 niveaux avec les intermédiaires, 2 a 3 pendant l'effort c'est un bon compromis)
On démarre, il y a un monde fou, on est en plein paradoxe : un des endroits au monde dans les plus difficiles les plus sauvages l